La Dame au linceul Bram Stoker

Dracula se présentait comme un roman épistolaire entremêlant extraits de journaux intimes et correspondances entre les principaux protagonistes. Le fantastique, qui sans cesse fait vasciller la raison, exige une forme où le lecteur est plongé dans l’ignorance et avance dans l’histoire à tâtons, au même rythme que les personnages. La Dame au linceul s’ouvre sur un article du Journal de l’occultisme faisant état de l’apparition d’un fantôme au large des côtes adriatiques. D’emblée, l’irrationnel est posé comme cadre et donne le ton. Le personnage principal, initié à la magie africaine et au mysticisme indien au cours de ses voyages, est prédisposé à l’aventure fantastique. Le château de Vissarion, bordé de sombres et profonds précipices ou de grottes, entouré de jardins luxuriants, apparaît alternativement comme un endroit tout-à-fait charmant et dangereux, une terre d’accueil pittoresque et riche de superstitions pleines de piquant.

Il suffit d’un détail pour que tout change d’aspect : lorsque la lune brille, les houx et les buis du jardin deviennent mortellement pâles. A tout moment, les choses familières peuvent prendre un caractère inquiétant ... Le château semble flotter entre rêve et réalité, à l’image de ces Montagnes bleues qui l’enserrent Le lecteur est prêt à y rencontrer des phénomènes surnaturels.

Il n’est pas forcément question de terreur ici. Les apparitions nocturnes du spectre blanc et le basculement de la réalité qu’elles entraînent ne visent pas à effrayer le lecteur mais plutôt à l’immerger dans un état d’angoisse diffuse et d’incertitude propre à l’impressionner, à le "retourner". Car, comme le note Alain Chareyre-Méjan dans la postface de l’édition Babel, lorsqu’un récit gothique s’achève, ce qu’il a dit se ramène à l’impression qu’il a laissée. Et lorsque l’on a refermé le livre, on rêve longtemps à cette Dame Blanche [qui] envahit le récit et le troue de place en place d’obsédantes évidences (...).

 

Bram Stoker, La Dame au linceul, traduction de Caroline Doizelet, Actes sud, collection Babel, 1996, 179 p.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Thème Magazine -  Hébergé par Overblog