Cool water, Diane Warren

Eloge de la lenteur… Avez-vous remarqué la relation entre l’espace et le temps en littérature (comme souvent au cinéma d’ailleurs…) ? Le temps se dilate d’autant plus que l’espace est grand.

Prenez un roman urbain, avec un décor de gratte-ciels, d’immeubles, avec un entrelacs de rues et une multitude d’enseignes lumineuses. Le regard ne porte jamais loin, l’horizon est toujours obstrué, le souffle est court. Mais en général, le temps est galopant, effréné, éreintant. On peut même éprouver un sentiment d’oppression, à tout le moins d’essoufflement dans ces intrigues où tout va vite, le débit de parole, l’alternance jour/nuit, le déroulé de l’action, la fulgurance des pensées intimes des personnages qui n’ont pas le temps ni de s’attarder, ni de contempler, ni de se poser.

En revanche, si vous prenez un roman pétri de grands espaces, vous constaterez que le temps s’y est dilaté, occupant toute la place de la focale tendue à l’extrême comme un chat se prélassant de tout son long au soleil. Vous pouvez même ressentir une certaine pesanteur de l’atmosphère, comme si la minute pesait plus lourd ici qu’ailleurs. Ce monde-là tourne au ralenti, freiné par l’horizon immense étale devant lui. Le lecteur entre dans une autre dimension.

Eh bien « Cool water » fait partie de ces romans-là. Des romans panoramiques ouverts sur une ligne d’horizon à perte de vue, en l’occurrence la province du Saskatchewan au Canada qui étend ses plaines semi-désertiques aux confins des anciens territoires indiens. Là-haut au nord, le Far West n’est pas si loin avec l’esprit des cow-boys et la rude vie des ranchs. Entre Bagdad Café et Arizona Dream, toute l’ambiance se noue dans les paysages et la présence écrasante de la nature. La vie des habitants de la petite ville de Juliet baigne dans la poussière, rythmée par les ardents couchers soleils et l’écho infini des aboiements de chiens et des cris d’oiseaux. Et pourtant, les existences sont en totale résonance dans cet espace-temps si particulier, dans le mouvement rigoureux d’un ballet silencieusement orchestré, étroitement imbriquées et liées les unes aux autres par le fil invisible que tissent les humains en milieu aride.

Il n’est pas désagréable de se laisser bercer par ces arrêts sur images qui ramollissent le temps, par une courbure de l’espace qui altère les repères et modifie les perceptions. Laissez-vous tenter, il faut juste « tenir la distance »…

Cool water, Diane Warren (Presses de la Cité)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Thème Magazine -  Hébergé par Overblog